Sélection Hypothèses #été2026
Suivre l’eau, c’est suivre les hommes : dans le Sahel comme ailleurs, la mobilité est une réponse ancienne aux défis du climat. Cette Sélection estivale chemine dans les mêmes traces : des milieux arides du Sahel au travail de reconstitution d’une illustratrice en archéologie, d’une statue de bronze rendue à l’Indonésie à un tirailleur dahoméen à qui l’on redonne enfin la parole. Entre restitutions, archives et terrains lointains, chaque billet est une façon de remettre en circulation ce qui risquait de se perdre. Bel été ! Les billets choisis sont issus de la Croisée de la BULAC, carnet de veille qui recense une collection de carnets de recherche publiés dans l’écosystème Hypothèses.org pour leur caractère aréal. Si vous l’avez ratée, découvrez la Sélection Hypothèses #juin2026.
La musique dans les civilisations antiques

« L’étude de la musique dans les civilisations antiques se heurte à une difficulté majeure : son objet même, le son, est par nature évanescent. Contrairement aux vestiges archéologiques tangibles — poteries, inscriptions ou monuments —, la musique disparaît dès qu’elle cesse d’être jouée. Les traces qui nous en restent sont fragmentaires : quelques partitions incomplètes gravées sur des tablettes ou des papyrus, des représentations iconographiques d’instruments sur des fresques ou des bas-reliefs, et de rares fragments d’instruments eux-mêmes, souvent brisés ou altérés par le temps. Les tablettes cunéiformes mésopotamiennes, les hymnes grecs notés sur des pierres ou les traités théoriques romains ne nous livrent que des bribes de ce qui fut un univers sonore riche et complexe. Comment reconstituer des mélodies, des rythmes ou des timbres à partir de ces indices ténus ? Comment saisir la dimension émotionnelle, sociale ou sacrée de ces musiques sans pouvoir les entendre ? L’archéo-musicologie relève ce défi en croisant les approches : analyse des textes anciens, étude des instruments conservés, et même tentatives de reconstitution sonore à partir des connaissances disponibles. »
L’eau en Mésopotamie : un atout et un risque

« Il semble bien que pour les habitants de la terre située entre les deux fleuves, l’eau fût un élément essentiel. Dans une terre désertique, l’eau, c’est la vie : elle permet l’agriculture, qui ne peut qu’être irriguée dans la moitié sud du pays (ce qui s’appelle Babylonie au IIe millénaire BCE), puisque le volume annuel de précipitations est insuffisant pour l’agriculture en culture sèche. Ainsi, bien avant les villes, les Mésopotamiens ont construit des canaux : des cours d’eau artificiels pour distribuer l’eau dans la plaine agricole. Les premiers canaux datent de l’époque néolithique (époque Samarra, fin VIIe-début VIe mill. BCE), quand les animaux et les plantes sont domestiqués et les personnes vivent en villages. Il n’y avait pas encore l’écriture mais trois millénaires plus tard, lorsque les textes commencent à évoquer les canaux, ils en nomment plusieurs types : le canal dilûtu, le canal rāṭu, le canal harru, le canal šitan… »
Follow the water, follow the people: mobility as climate innovation in the Sahel

« As the Niger river shrinks under climate change, young men from Gao, in Mali, travel to Algerian oases to work and return home with skills, equipment, and knowledge that help them transforming agriculture. Our research indicates that migration is not the crisis. It can be part of the solution. If you could fly straight from the dusty northern Malian town of Gao, across the immense Sahara Desert, to the green oasis of Ghardaïa in southern Algeria, you would cover a bit less than two thousand kilometres. However, if you travel over land, you must drive about 2400 to 2700 kilometres. In this blogpost we will describe how and why so many young Malian men, mainly farmers, from Gao and its surroundings undertake this perilous journey, back and forth, and how water is one of the key drivers of this migratory movement. Climate change, especially in terms of diminishing rainfall, is a major overarching actor in this story. »
Recensement de ventes du Catalogue de Shaw

« Les catalogues de ventes de livres sont des sources importantes pour documenter l’historique de documents. Ils permettent de suivre des transactions, des changements de possesseurs, des états de collections, etc. Les catalogues qui ont été annotés avec les noms des acheteurs et les prix sont des sources encore plus précieuses. Au cours de nos recherches sur l’exemplaire du Catalogue of the different specimens of cloth […] d’Alexander Shaw conservé à la Bibliothèque nationale de France (RES 8-P2-106), nous avons parcouru un certain nombre de catalogues de ventes. Il nous a semblé utile de regrouper ces informations et de les partager car elles peuvent enrichir les connaissances sur d’autres exemplaires. Nous avons également listé d’autres références pertinentes (catalogues de bibliothèques, actes de sociétés, etc.). Ces sources concernent des possesseurs déjà connus, de nouveaux possesseurs qui ne sont pas encore reliés à des exemplaires ou des livres qui ne sont pas décrits dans le recensement de Donald Kerr. »
Entretien avec Naïmeh Ghabaie (illustratrice en archéologie)

« Le dessin archéologique constitue une synthèse entre précision scientifique et pratique artistique. D’une part, il exige exactitude et fidélité à l’objet représenté ; d’autre part, il mobilise des techniques artistiques, telles que le trait, l’ombrage et la composition, afin de rendre l’objet lisible et sa représentation visuellement efficace. Le résultat est une représentation qui est à la fois esthétiquement construite et scientifiquement fiable, constituant un outil essentiel pour la documentation et l’analyse […]. L’approche la plus efficace consiste à travailler avec l’équipe dès la phase de prospection ou de fouille. L’observation directe des objets est essentielle pour en restituer fidèlement les proportions. De nombreux artefacts sont fortement altérés, ce qui rend leur manipulation importante afin de distinguer les tracés décoratifs intentionnels des effets d’érosion. La collaboration commence généralement lorsqu’un nombre suffisant d’objets a été identifié et nécessite une documentation systématique par le dessin. »
The Surocolo Bronze Statue of the Mandala Deity Puṣpā Restituted to Indonesia

« As of July 2025, The Metropolitan Museum, New York (The Met), has officially restituted to the Indonesian Government a Buddhist bronze statue of the mandala deity Puṣpā which was part of the group of bronzes unearthed in 1976 in the village of Surocolo, Bantul, Special Region of Yogyakarta in Java, Indonesia.1 For more than 40 years, the location of this statue was unknown, as it had been separated from the group kept at the local archaeological office (today known as BPK X Bogem) under circumstances that remain unclear. The bronze Puṣpā is temporarily on view at the National Museum of Indonesia in Jakarta, together with other recently restituted bronze statues. A forthcoming official ceremony will celebrate the return of this important piece of cultural heritage, which can now be reunited with the rest of the Surocolo mandala goddesses where it belongs. »
Le Projet éLV : vingt ans d’archives numériques au service de l’héritage philosophique de Casimir Twardowski

« En 2025, le Projet éLV a célébré ses vingt ans d’existence. Né d’une initiative franco-polonaise consacrée aux manuscrits inédits de Casimir Twardowski, il constitue aujourd’hui l’un des plus anciens projets européens d’archives numériques dans le domaine de l’histoire de la philosophie. Son histoire accompagne l’émergence des humanités numériques en sciences humaines et sociales, mais aussi le renouveau international des recherches sur l’héritage philosophique de l’Europe centrale. L’origine du projet remonte à l’année universitaire 2003-2004, lorsque, invitée à l’Institut de philosophie de l’Université de Varsovie, je découvris l’existence d’un important fonds de manuscrits de Casimir Twardowski conservé dans les Bibliothèques réunies de l’Institut de philosophie et sociologie de l’Académie polonaise des sciences et de l’Université de Varsovie. »
Un podcast pour redonner la parole à Hounsou, tirailleur dahoméen

« Loin du format classique, ce podcast invite à suivre l’enquête, au fil de son déroulement. C’est particulièrement le cas dans le second épisode où les auditeurs suivent Yewhe Yeton et Cécile Van den Avenne dans une aventure sur les traces de Hounsou et de sa famille au Bénin, qui les conduit jusqu’à ses descendants. Le choix de narration du podcast est celui de la spontanéité ; les découvertes et les effets de surprise sont partagés en temps réel entre la chercheuse et les auditeurs, révélant combien la recherche est aussi une affaire de hasard et de rencontre. Ainsi, alors que la chercheuse et le musicien se présentent aux autorités de la mairie de Sèmè-Podji, au Bénin, il s’avère que le responsable des ressources humaines de la mairie est lui-même originaire de Tchonvi, le village de Hounsou, une coïncidence qui a contribué de manière décisive à faire avancer l’enquête. »
Les Filles de la Charité au Pérou

« Plus de quarante religieuses et deux lazaristes partirent de Bordeaux pour le Pérou le 16 septembre 1857 à bord du Saint Vincent de Paul, un trois-mâts de plus de neuf cents tonneaux, lancé par le constructeur bordelais Arman pour les armateurs Bordes et Le Quellec qui avait déjà transporté un premier groupe de Filles de la charité à Valparaiso. La navigation fut interrompue par une escale à Rio de Janeiro où descendirent deux religieuses qui ne supportaient pas le voyage. En 1857, le voyage des religieuses fut réalisé grâce au financement apporté par la Maison Montané, du nom du consignataire du guano, qui avait été élu député de la Gironde au début du Second Empire, et avait fait construire le Louis Napoléon inauguré par l’empereur à Bordeaux en 1852 avant de se retrouver ruiné en 1858 lorsque la consignation du guano revint aux Anglais Gibbs. »
La bibliothèque de l’association espérantiste de Lyon

« C’est en 1887 que la langue espéranto voit le jour, avec la publication par Lejzer-Ludwik (Louis-Lazare) Zamenhof du manuel La langue internationale. Le projet est de proposer une langue internationale auxiliaire, facile d’apprentissage et d’accès, pour favoriser les relations pacifiques entre les pays et communautés […]. L’espéranto ne se réduit pas à sa stricte dimension linguistique orale. En effet, si la langue est encore aujourd’hui parlée par près de 100 000 locuteurs dans le monde, elle s’accompagne également de plusieurs phénomènes : d’une part, l’existence dans l’espace public avec la constitution d’associations espérantistes ou de congrès annuels, d’autre part le développement d’une littérature espérantophone. C’est la coexistence de ces différents aspects qui permet de parler de culture espérantophone. Du fait du développement de cette littérature et culture espérantophone, il est possible de se poser la question suivante : que trouve-t-on dans les bibliothèques espérantistes ? »
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Tristan Pertegal (1 juillet 2026). Sélection Hypothèses #été2026. Le Carreau de la BULAC. Consulté le 7 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16hqr








